samedi 24 mai 2008

Commerce équitable à Bénarès

Projection d'un film de l'association Varansi Weavers
http://varanasiweavers.org/

Ci joint le texte en français de ce film


Prenez tous les éléments qui constituent une ville indienne – temples, palais, monuments, ruelles tortueuses – mélangez les tous, ensuite éparpillez les sur 2 km², le long d’un immense fleuve ocre, sacré depuis la nuit des temps – vous avez là, Varanasi. Rajoutez y des vaches, foule d’enfants, d’hommes et de femmes, le son des cloches, le bruit des klaxons, et enfin le murmure des mantras qui s’élèvent des rivages du Gange – vous avez à nouveau, Varanasi, aussi appeler Benares – la plus ancienne ville habitée au monde.

Cet environnement étonnant abrite une ancienne tradition qui commence par un simple fil de soie et qui se termine en tenues magnifiques qui ont habillés aussi bien des Maharadjahs que des gens ordinaires.

Depuis des millénaires, Varanasi est réputé pour son art du tissage, l’héritage de l’ère mogol. Sa soie est considérée comme la plus raffinée du pays et fait partie intégrante d’un trousseau de mariage. Une communauté musulmane de Varanasi a perpétué cet art depuis des siècles. Mais qu’en est-il aujourd’hui?

Une robe de brocart pour un monastère tibétain, un sari doux et coloré, ou encore un simple foulard parfumé – les méthodes de tissage sont les mêmes.

La civilisation indienne a toujours considéré des vêtements sans couture comme des tenues consacrées à la pureté – s’habiller d’un tissu en un morceau entier, encourage l’unité intégrale de l’être. Dans la mythologie indienne, le tissage est une métaphore pour la création de l’univers. Le « sutra » ou fil, est l’élément central ; le « sutradhara » le tisserand, le créateur de l’univers.

Kabir, un grand poète et mystique du 15ème siècle, était un tisserand musulman de Varanasi qui s’inspira de son métier. Ses chansons parlent de ce lien intime entre le tisserand, son art et sa chanson.

« Nul ne connaît le secret du tisserand qui installe son métier à travers l’univers,

Il creusa deux trous – le ciel et la terre; fabriqua deux bobines – le soleil et la lune.

Remplis sa navette de milliers de fils,

Et tisse encore aujourd’hui un morceau difficile. »

Chez les tisserands de Varanasi, dans chaque petite maison, à chaque coin de rue, sur chaque place vous verrez des hommes au travail avec leurs kilomètres de fils. Le nombre de tisserands aujourd’hui est estimé à 150,000.

La Chine est le fournisseur principal de pelotes de soie. Les motifs sont généralement des desseins de sari traditionnels; sont rajoutés ensuite le « zari » fil doré pour donner de la valeur au sari. Les femmes font le travail d’enrouler la pelote autour des bobines, un des rares moments dans le processus du tissage, où elles interviennent. Le fil est enroulé en écheveau, calibré selon sa longueur. La soie est ensuite déroulée dans les ruelles et jardins avoisinant. Des gestes d’expert enroulent les écheveaux autour de poutres en bois destinées aux métiers.

Le son d’un rythme ancien anime les rues, et les gestes répétitifs des tisserands vous enchantent tel une danse. Depuis des siècles, les dessins qui ornent les saris ont été faits sur du papier quadrillé. Un artisan fait des trous, comme le système binaire, un vieux précurseur de l’informatique. Chaque carte correspond à une seule ligne de tissage. Avant l’arrivée des cartes perforées, les fils étaient assemblés sur des petits cadres en bois. Cette méthode nécessite un deuxième tisserand qui choisit les fils à relever pour que le motif se dessine au fur et à mesure que le tisserand déplace la navette. Cette méthode apporte une souplesse dans le travail et permet la réalisation de motifs complexes. Très peu de tisserands l’utilisent aujourd’hui. «Ce travail est un héritage de mes ancêtres, des maîtres dans ce domaine. Ils ne considéraient pas leur travail comme une profession mais comme un art. »

Le fil doré donne au sari Benarasi leur côté luxueux. Des fils d’argent de 13 microns de diamètre sont fabriqués. Avec 10 gms d’argent ils font 4km de fil. Ce fil est ensuite aplati et enroulé autour d’un fil de soie et à la fin il est plaqué en or. Pour faire 1 kilo de fil 60 artisans travaillent pendant 22 jours.

Le maître artisan fournit la matière première et organise le travail, avec des petits tisserands qui œuvrent pour une petite somme, à peine assez pour vivre…. Quand il y a du travail.

« Notre famille est arrivée de la Perse il y a 1000 ans. Tisser est notre vie, nous ne savons faire que cela. » Malgré leur talent, les tisserands de Varanasi sont dans une situation extrêmement difficile. « Notre problème principal c’est que l’état ne nous aide pas. La mariée porte un sari « Banarasi » mais celui qui l’a tissé est à moitié nu et a faim. Le « zari » coûte cher aujourd’hui et nos produits n’ont pas d’acheteurs. Nous gagnons 30-35 roupies par jour, ce qui est moins que ce que gagne un ouvrier en bâtiment. »

« Le nombre de fabriques est réduit à 15% et 85% des tisserands ont abandonné leur métier ancestrale, et nous n’avons pas de marché pour nos créations. Les fabriques chinoises mécanisées font 500-600 m par jour, alors que les artisans n’en font qu’1 m par jour. Nous importons notre soie à un prix très élevé. Nos motifs sont pour des saris, alors que les femmes portent des T-shirts, des jeans et des jupes… nous devons nous diversifier , crée des motifs adaptés aux marchés étrangers. »

« Le nombre de tisserands diminue, ils s’en vont travailler sur des chantiers où ils gagnent plus. » Aujourd’hui cette crise touche 50 000 artisans qui sont sans travail. Des particuliers ainsi que des organisations souhaitent leur donner des opportunités pour qu’ils puissent continuer à vivre de leur art, dans la dignité.

L’entreprise Danoise, Best Sellers, touché par le désarroi de cette communauté, a décidé de passer une commande de 13,000 foulards qui seront offerts à leurs employés comme cadeau pour le nouvel an. L’idée, c’est de créer une collaboration avec les tisserands afin de leur fournir un travail régulier, avec l’objectif à long terme de les aider à développer des nouveaux produits plus appréciés dans le marché occidental. Les tisserands retrouveront leur confiance en soi quand ils verront leur art refleurir.

« Si l’entreprise pour laquelle nous fabriquons ces 13,000 foulards nous redonne du travail, ce sera une bonne chose pour nous les tisserands de Varansi. Moi même, ainsi que toute la communauté des tisserands, les remercions. »


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